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 Elle attendait

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MessageSujet: Elle attendait   Mer 10 Déc - 21:35

J'ai dû écrire une nouvelle pour le lycée, c'est un concours. C'était libre, mais on devait utiliser soit le registre fantastique, pathétique ou comique. J'ai choisis pathétique et repris l'idée de ma nouvelle "J'attends" bien qu'il n'y ai que la fin qui soit vraiment reprise.
Je crois qu'il y a quand même pas mal de fautes, désolée ^^

Elle attendait


Un homme passait tendrement sa main dans les cheveux de sa femme, il avait l'impression qu'ils étaient seuls au monde et que rien ne pourrait jamais les séparer. Au même instant, deux gamins riaient à grands éclats en regardant un troisième faire l'idiot. Plus loin, deux vieilles dames commentaient les nouvelles, contente de passer du temps avec son amie. Un petit garçon et son grand-père lançaient du pain sec dans une marre où des canards barbotaient bruyamment. La journée ensoleillée se terminait, et chacun profitait des derniers instants dans le parc.
Contemplant ces scènes de petits bonheurs, à l'écart, assise bien droite, les jambes serrées l'une contre l'autre de manière élégante, une femme semblait figée pareille à une statue de glace. Son apparence froide contrastait avec le décor. Ses cheveux étaient tirés en un chignon stricte dont aucunes mèches ne dépassaient, de même que son tailleur gris foncés, de marque, était impeccablement repassé. Pourtant, il avait l'air usé, délavé, comme si cette femme le portait tous les jours.
Son front était ridé, certainement à cause de ses sourcils constamment froncés. Des cheveux blancs apparaissaient déjà au niveau de ses tempes, bien qu'elle ne devait pas avoir plus de vingt-deux, vingt-trois ans, et d'impressionnantes cernes s'étaient formées sous ses petits yeux clairs. Mais elle affichait toujours un sourire aimable, faux. Elle n'avait rien de joli, et son visage vide de toute expression ne demandait pas à ce que l'on cherche plus loin. Il était aisé de deviner que sa vie reposait sur les bonnes manières, l'argent, et la volonté de passer inaperçue.
L'espace d'une seconde, ses yeux brillèrent, et un sourire, sincère et plein d'espoir, étira ses lèvres soigneusement maquillées. Elle fixait les buissons, placés derrière les trois enfants. Mais, elle tressaillit, et son visage redevint immédiatement d'une monotonie indiscutable.
Derrière l'épaisse couche de fond de teint, toutes sortes de réflexions sinistres se bousculaient dans la tête d'Amélie. Chaque enfant qui jouait, chaque oiseau qui chantait, chaque vieille dame qui commérait, chaque couple qui s'embrassait étaient comme des coups de poignard qui déchiraient un peu plus son cœur. Elle supportait très mal ces démonstrations d'affection, non qu'elle trouvait cela répugnant, mais parce qu'elle ne pouvait en faire autant.
Dés son plus jeune âge, les autres enfants l'ont rejetée parce qu'elle n'était pas douée pour leurs jeux. Arrivaient au collège, on lui reprochait d'être l'intello de service. Les choses ne se sont pas arrangées avec le lycée, où l'on ne voulait pas s'approcher à moins de deux mètres la petite boutonneuse. Et vinrent les études, pas très fluctuantes, là, elle avait préféré rester invisible. Seule la grand-mère d'Amélie lui avait apporté un peu d'amour, mais elle était très fragile, et n'avait plus vraiment toute sa tête. Elle était morte quelques années auparavant, c'est sûrement comme ça que tout avait commencé.
Que ses parents l'aient abandonnée à la pauvre vieille pour pouvoir refaire le monde n'étaient pas la cause des malheurs de la jeune femme. Malgré les difficultés qu'elle avait éprouvées pour s'intégrer dans la société, ce qui n'était toujours pas gagné, elle estimait que son enfance et son adolescence auprès de sa grand-mère avaient été plutôt heureuse, elle ne s'en était jamais plainte, même si les marques de sa solitude resteraient gravées toute sa vie. Non, le néant s'était installé en elle à partir du décès de la femme qui l'avait élevée, qu'elle avait tant aimé.
A présent, elle observait les trois enfants, et une ombre de tristesse traversa son regard quand elle crut que les deux plus grands se moquaient du petit. Elle revivait, en les observant, des moments qu'elle aurait voulu oublier. Des ados qui se moquent, insistent, salissent, et une petite fille qui pleure, se tait. Celle-ci refit surface, et une larme roula sur la joue de l'adulte. Elle l'essuya instinctivement.
Elle balaya des yeux le peu de personnes qui étaient restées, mais ne put en supporter davantage. Le ciel s'obscurcissait, la nuit commençait à tomber, et il ne fallait pas qu'elle traîna. Ça avait été une belle journée, le soleil au rendez-vous, une ambiance joyeuse, et la blessure d'Amélie ne se refermait pas pour autant.

***


Amélie était de plus en plus habile à ce petit jeu auquel elle s'adonnait. Pas au point de l'amuser, bien sûr, mais elle en avait pris l'habitude, et cela faisait presque parti d'elle, en apparence. Au début, chaque réveil l'avait brûlé à petits feux, et sa seule envie avait été de mourir, vite, afin d'abréger ses souffrances. Puis, petit à petit, ça l'avait aidé à ne plus y penser, même s'il lui était impossible de passer à autre chose, elle pouvait ainsi faire comme si de rien n'était, comme si sa vie avait toujours était parfaite. Seulement comme si.
Ce matin là fut plus rude. Décidément, ce n'était pas son jour -celui-là, elle ne l'avait jamais vu venir, d'ailleurs. Amélie eut du mal à enfiler son tailleur rétréci par le lavage et le lisseur s'était cassé. Ceci entraînant cela, elle avait appliqué n'importe comment son mascara, et des traces noires s'ajoutaient maintenant aux cernes violettes qui bordaient ses yeux. Elle s'énerva et laissa tomber, pensant que de toute façon, personne ne remarquerait qu'elle n'était pas tirée à quatre épingles comme elle avait coutume de le faire. Elle finalisai sa tenue avec des talons hauts usés par le temps.
Enfin prête pour allait travailler, Amélie descendit quatre à quatre les escaliers de son immeuble, elle habitait au dernier étage, pour s'arrêter net devant le miroir de l'entrée. Là, son visage passa d'une tristesse infinie, à une morosité implacable. Elle plaqua au maximum ses cheveux d'un brun terne, tenant quand même à ne montrer que son masque et à être présentable. Maintenant qu'elle avait un travail stable, qui lui donnait une raison de se lever le matin -et surtout, qui la faisait vivre- elle espérait qu'il durerait. Elle aperçut le reflet de la concierge dans la glace et lui adressa un sourire, qui ressemblait plus à une grimace.
- Mademoiselle... !
Amélie ne lui laissa pas le temps d'en dire plus, elle savait déjà ce que la propriétaire voulait lui demander, et Amélie l'avait pas encore perçu son salaire, plus que misérable. Elle pressa le pas jusqu'à ce qu'elle n'entendit plus les cris perçants qui lui ordonnaient de revenir immédiatement. Lorsqu'elle gagna la rue adjacente à celle où elle travaillait, la jeune femme entra dans une petite boulangerie pour acheter un croissant. Quelques paires d'yeux la dévisagèrent, étonnées qu'une femme qui semblait venir de la haute société entre dans un établissement aussi bon marché. « Ah, s'ils savaient ! » pensa-t-elle.
Elle s'installa au pas d'une porte de maison à louer, et avala son croissant, sans prendre le temps de déguster le seul repas qui lui serait permis d'avoir avant le soir. Elle réfléchissait sur son existence. Pourquoi faisait elle tout cela ? A quoi bon se faire passer pour quelqu'un qu'elle n'était pas ? N'aurait-elle pas préféré partir, au lieu d'endurer toutes ces peines inutiles ? Elle était seule, rien ne l'a raccroché au monde, elle pouvait s'en aller sans que personne ne s'en inquiète. Elle se releva d'un bond. Non, elle ne mourrai pas. Pas tant qu'elle ne l'aura pas vu. Elle l'attendait, et elle le savait, un jour, il viendrai. Cette intuition paraissait complètement fantasque et bête, mais elle l'aidait à tenir.
Amélie franchit le passage piéton à toute vitesse, ne s'occupant plus de savoir si sa coiffure était en ordre ou si ses habits n'étaient pas froissés. Elle avait l'intime conviction que le moment était venu, qu'il approchait à grands pas, et que ses efforts n'auront pas étés vains. Elle poussa la porte d'entrée de la boutique et atteignit le comptoir avec une démarche assurée. Ses collègues pouffèrent, le comportement d'Amélie n'était pas très habituel, mais elle n'y prêta pas attention. Comme toujours, elle ferait une journée exemplaire, elle était toujours de bons conseils pour les clientes -de riches adolescentes qui pouvaient se permettre tout achat, autrement dit, des bourges. « Quand je ne leur fais pas peur avec ma tête triste à mourir. » songea-t-elle, tout en se surprenant à sourire de son ironie.
La journée lui parut interminable. Tellement, que l'espoir et l'assurance qui régnait en elle depuis le matin furent de courte durée. Au moment de partir, elle hésita presque à retourner au parc pendant la soirée, découragée d'avance par ce qu'elle allait trouver. Ou plutôt, par ce qu'elle ne trouverait pas. Elle longea quand même la rue principale qui débouchait vers le parc.
Elle passa les barrières, et s'écroula sur le banc le plus proche. Il n'était plus question de jouer les grandes dames. Amélie n'en pouvait plus de cette comédie qui ne la mènerai à rien. Elle ferma les yeux, le soleil qui tapait sur son front ne la dérangeait pas. A cet instant, plus rien ne pourrait la perturber. Elle attendait juste. Depuis trois ans, jours pour jours, trois ans pendant lesquels tous les soirs, elle venait ici, sans savoir vraiment pourquoi, sans but précis. C'était peut-être pour ça qu'elle sentait que quelque chose allait se passer, cela faisait trop longtemps maintenant.
Pour la première fois depuis elle ne savait plus combien de temps, Amélie se sentait bien. Elle n'était pas heureuse, n'avait personne, ni famille, ni amis, ni argent, ni l'amour. Elle ne pensait plus à rien, ne cherchait plus à se cachait ou à être une autre. Elle était Amélie, et rien ne pourrait gâcher ce moment de tranquillité.
- Dites moi, pas qu'vous m'ennuyez, non, mais, vous vous êtes assises sur mon banc, et c'est qu'j'l'aime bien ce coin ci !
- Pardon ? Oh, excusez moi, monsieur.
Elle partit précipitamment, en quête d'un autre banc. Mais le clochard avait tout fichu en l'air, et elle était maintenant très énervée. Elle scruta les alentours. Deux mômes piaillaient en jouant avec un ballon, c'était sans intérêt, et elle détourna vite son regard qui se posa sur deux jeunes filles qui pouffaient en se racontant tout et n'importe quoi. Qu'est-ce que ça pouvait l'agacer ! Amélie jeta un coup d'œil très bref en direction d'une famille qui pique-niquait, et observa plus longuement une femme immense. En temps normal, elle aurait eu un peu de pitié, mais elle avait l'impression que tout le malheur du monde s'écrasait sur ses épaules. Elle ne voyait qu'une femme très laide qui prenait presque toute la largeur du banc. En comparaison, Amélie avait l'air d'une mannequin, alors qu'elle se trouvait extrêmement moche.
Toutes ces voix, tous ces gens, lui donnaient le tournis, elle finit par s'asseoir sur le banc le plus proche de la grosse dame. Et c'est à cet instant qu'elle le vit. Elle n'aurait jamais su qu'il serait comme ça, et son sourire ne s'en fit que plus large. Un homme très classe, vêtu d'une veste et d'un pantalon noir. Il portait un mallette, et semblait tout droit sorti d'un film, du style avocat réputé. Ses cheveux châtains en bataille plaisait beaucoup à Amélie, qui écarquillait les yeux devant l'homme qui s'approchait, tout sourire, et de plus en plus vite. Lorsqu'elle s'aperçut qu'il allait droit vers elle, son cœur manqua un battement, et sa gorge se serra. Elle sentit à peine que ses mains étaient moites et que ses jambes tremblaient. Elle bondit et s'approcha de lui, main tendu, ne sachant plus très bien ce qu'elle faisait. Il n'était plus qu'à quelques enjambées. Leur regard se croisèrent, celui d'Amélie pétillant et heureux, celui de l'homme, surpris et incrédule. Il l'évita de justesse, et marcha plus vite vers la grosse femme.
Décidément, ce n'était pas son jour.
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Marie D

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MessageSujet: Re: Elle attendait   Mer 10 Déc - 21:50

La pauvre c'est vachement triste!
En tout cas ce qui est bien , c'est que j'ai été surprise. je pensais que ça finirait bien, même si tu as dit que c'était du registre pathétique.
Bref j'aime bien, je pense qu'on est beaucoup à se reconnaître quelque part dans ton personnage. Ca fait ressurgir des souvenirs pas très heureux, mais du coup on est très empathique, on soutient cette pauvre Amélie. On comprend, on approuve, on se désespère pour elle.
Voili j'aime, c'est tout.
Si tu veux je peux te corriger les fautes? Ca ne me dérange pas !
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Asahi
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MessageSujet: Re: Elle attendait   Sam 13 Déc - 19:16

Wah, jusqu'au dernier mot le suspens se tient ! C'est vraiment bien !!

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MessageSujet: Re: Elle attendait   Dim 14 Déc - 16:21

Merci, je suis contente que ça vous soyez surprise, c'était le but.
Et Marie, tu peux les corriger si tu veux, mais vraiment tu n'es pas obligée, je ne veux pas te faire perdre du temps !
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Marie D

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MessageSujet: Re: Elle attendait   Dim 14 Déc - 18:11

Ne t'inquiètes pas ça ne me dérange pas du tout.

Lucy Pevensy a écrit:

Elle attendait


Un homme passait tendrement sa main dans les cheveux de sa femme, il avait l'impression qu'ils étaient seuls au monde et que rien ne pourrait jamais les séparer. Au même instant, deux gamins riaient à grands éclats en regardant un troisième faire l'idiot. Plus loin, deux vieilles dames commentaient les nouvelles, contentes de passer du temps avec son amie (ensemble, sinon ça fait bizarre) . Un petit garçon et son grand-père lançaient du pain sec dans une marre où des canards barbotaient bruyamment. La journée ensoleillée se terminait, et chacun profitait des derniers instants dans le parc.
Contemplant ces scènes de petits bonheurs, à l'écart, assise bien droite, les jambes serrées l'une contre l'autre de manière élégante, une femme semblait figée pareille à une statue de glace. Son apparence froide contrastait avec le décor. Ses cheveux étaient tirés en un chignon stricte dont aucunes mèches ne dépassaient, de même que son tailleur gris foncés, de marque, était impeccablement repassé. Pourtant, il avait l'air usé, délavé, comme si cette femme le portait tous les jours.
Son front était ridé, certainement à cause de ses sourcils constamment froncés. Des cheveux blancs apparaissaient déjà au niveau de ses tempes, bien qu'elle ne devait pas avoir plus de vingt-deux, vingt-trois ans, et d'impressionnantes cernes s'étaient formées sous ses petits yeux clairs. Mais elle affichait toujours un sourire aimable, faux. Elle n'avait rien de joli, et son visage vide de toute expression ne demandait pas à ce que l'on cherche plus loin. Il était aisé de deviner que sa vie reposait sur les bonnes manières, l'argent, et la volonté de passer inaperçue.
L'espace d'une seconde, ses yeux brillèrent, et un sourire, sincère et plein d'espoir, étira ses lèvres soigneusement maquillées. Elle fixait les buissons, placés derrière les trois enfants. Mais, elle tressaillit, et son visage redevint immédiatement d'une monotonie indiscutable.
Derrière l'épaisse couche de fond de teint, toutes sortes de réflexions sinistres se bousculaient dans la tête d'Amélie. Chaque enfant qui jouait, chaque oiseau qui chantait, chaque vieille dame qui commérait, chaque couple qui s'embrassait étaient comme des coups de poignard qui déchiraient un peu plus son cœur. Elle supportait très mal ces démonstrations d'affection, non qu'elle trouvait cela répugnant, mais parce qu'elle ne pouvait en faire autant.
Dés (dès) son plus jeune âge, les autres enfants l'ont (l'avaient) rejetée parce qu'elle n'était pas douée pour leurs jeux. Arrivaient au collège, on lui reprochait d'être l'intello de service. Les choses ne se sont (s'étaient) pas arrangées avec le lycée, où l'on ne voulait pas s'approcher à moins de deux mètres de la petite boutonneuse. Et vinrent les études, pas très fluctuantes, là, elle avait préféré rester invisible. Seule la grand-mère d'Amélie lui avait apporté un peu d'amour, mais elle était très fragile, et n'avait plus vraiment toute sa tête. Elle était morte quelques années auparavant, c'est sûrement comme ça que tout avait commencé.
Que ses parents l'aient abandonnée à la pauvre vieille pour pouvoir refaire le monde n'étaient pas la cause des malheurs de la jeune femme. Malgré les difficultés qu'elle avait éprouvées pour s'intégrer dans la société, ce qui n'était toujours pas gagné, elle estimait que son enfance et son adolescence auprès de sa grand-mère avaient été plutôt heureuse, elle ne s'en était jamais plainte, même si les marques de sa solitude resteraient gravées toute sa vie. Non, le néant s'était installé en elle à partir du décès de la femme qui l'avait élevée, qu'elle avait tant aimé.
A présent, elle observait les trois enfants, et une ombre de tristesse traversa son regard quand elle crut que les deux plus grands se moquaient du petit. Elle revivait, en les observant, des moments qu'elle aurait voulu oublier. Des ados qui se moquent, insistent, salissent, et une petite fille qui pleure, se tait. Celle-ci refit surface, et une larme roula sur la joue de l'adulte. Elle l'essuya instinctivement.
Elle balaya des yeux le peu de personnes qui étaient restées, mais ne put en supporter davantage. Le ciel s'obscurcissait, la nuit commençait à tomber, et il ne fallait pas qu'elle traîna (traînât) . Ça avait été une belle journée, le soleil au rendez-vous, une ambiance joyeuse, et la blessure d'Amélie ne se refermait pas pour autant.

***


Amélie était de plus en plus habile à ce petit jeu auquel elle s'adonnait. Pas au point de l'amuser, bien sûr, mais elle en avait pris l'habitude, et cela faisait presque partie d'elle, en apparence. Au début, chaque réveil l'avait brûlé à petits feux, et sa seule envie avait été de mourir, vite, afin d'abréger ses souffrances. Puis, petit à petit, ça l'avait aidé à ne plus y penser, même s'il lui était impossible de passer à autre chose, elle pouvait ainsi faire comme si de rien n'était, comme si sa vie avait toujours était parfaite. Seulement comme si.
Ce matin là fut plus rude. Décidément, ce n'était pas son jour celui-là, elle ne l'avait jamais vu venir, d'ailleurs. Amélie eut du mal à enfiler son tailleur rétréci par le lavage et le lisseur s'était cassé. Ceci entraînant cela, elle avait appliqué n'importe comment son mascara, et des traces noires s'ajoutaient maintenant aux cernes violettes qui bordaient ses yeux. Elle s'énerva et laissa tomber, pensant que de toute façon, personne ne remarquerait qu'elle n'était pas tirée à quatre épingles comme elle avait coutume de le faire. Elle finalisai (finalisa) sa tenue avec des talons hauts usés par le temps.
Enfin prête pour allait travailler, Amélie descendit quatre à quatre les escaliers de son immeuble, elle habitait au dernier étage, pour s'arrêter net devant le miroir de l'entrée. Là, son visage passa d'une tristesse infinie, à une morosité implacable. Elle plaqua au maximum ses cheveux d'un brun terne, tenant quand même à ne montrer que son masque et à être présentable. Maintenant qu'elle avait un travail stable, qui lui donnait une raison de se lever le matin -et surtout, qui la faisait vivre- elle espérait qu'il durerait. Elle aperçut le reflet de la concierge dans la glace et lui adressa un sourire, qui ressemblait plus à une grimace.
- Mademoiselle... !
Amélie ne lui laissa pas le temps d'en dire plus, elle savait déjà ce que la propriétaire voulait lui demander, et Amélie l'avait (n'avait) pas encore perçu son salaire, plus que misérable. Elle pressa le pas jusqu'à ce qu'elle n'entendit plus les cris perçants qui lui ordonnaient de revenir immédiatement. Lorsqu'elle gagna la rue adjacente à celle où elle travaillait, la jeune femme entra dans une petite boulangerie pour acheter un croissant. Quelques paires d'yeux la dévisagèrent, étonnées qu'une femme qui semblait venir de la haute société entre dans un établissement aussi bon marché. « Ah, s'ils savaient ! » pensa-t-elle.
Elle s'installa au pas d'une porte de maison à louer, et avala son croissant, sans prendre le temps de déguster le seul repas qui lui serait permis d'avoir avant le soir. Elle réfléchissait sur son existence. Pourquoi faisait elle tout cela ? A quoi bon se faire passer pour quelqu'un qu'elle n'était pas ? N'aurait-elle pas préféré partir, au lieu d'endurer toutes ces peines inutiles ? Elle était seule, rien ne l'a raccroché au monde, elle pouvait s'en aller sans que personne ne s'en inquiète. Elle se releva d'un bond. Non, elle ne mourrait pas. Pas tant qu'elle ne l'aura pas vu. Elle l'attendait, et elle le savait, un jour, il viendrait. Cette intuition paraissait complètement fantasque et bête, mais elle l'aidait à tenir.
Amélie franchit le passage piéton à toute vitesse, ne s'occupant plus de savoir si sa coiffure était en ordre ou si ses habits n'étaient pas froissés. Elle avait l'intime conviction que le moment était venu, qu'il approchait à grands pas, et que ses efforts n'auront (n'auraient) pas étés vains. Elle poussa la porte d'entrée de la boutique et atteignit le comptoir avec une démarche assurée. Ses collègues pouffèrent, le comportement d'Amélie n'était pas très habituel, mais elle n'y prêta pas attention. Comme toujours, elle ferait une journée exemplaire, elle était toujours de bons conseils pour les clientes -de riches adolescentes qui pouvaient se permettre tout achat, autrement dit, des bourges. « Quand je ne leur fais pas peur avec ma tête triste à mourir. » songea-t-elle, tout en se surprenant à sourire de son ironie.
La journée lui parut interminable. Tellement, que l'espoir et l'assurance qui régnait en elle depuis le matin furent de courte durée. Au moment de partir, elle hésita presque à retourner au parc pendant la soirée, découragée d'avance par ce qu'elle allait trouver. Ou plutôt, par ce qu'elle ne trouverait pas. Elle longea quand même la rue principale qui débouchait vers (sur?) le parc.
Elle passa les barrières, et s'écroula sur le banc le plus proche. Il n'était plus question de jouer les grandes dames. Amélie n'en pouvait plus de cette comédie qui ne la mènerai à rien. Elle ferma les yeux, le soleil qui tapait sur son front ne la dérangeait pas. A cet instant, plus rien ne pourrait la perturber. Elle attendait juste. Depuis trois ans, jours pour jours, trois ans pendant lesquels tous les soirs, elle venait ici, sans savoir vraiment pourquoi, sans but précis. C'était peut-être pour ça qu'elle sentait que quelque chose allait se passer, cela faisait trop longtemps maintenant.
Pour la première fois depuis elle ne savait plus combien de temps, Amélie se sentait bien. Elle n'était pas heureuse, n'avait personne, ni famille, ni amis, ni argent, ni l'amour. Elle ne pensait plus à rien, ne cherchait plus à se cachait ou à être une autre. Elle était Amélie, et rien ne pourrait gâcher ce moment de tranquillité.
- Dites moi, pas qu'vous m'ennuyez, non, mais, vous vous êtes assises sur mon banc, et c'est qu'j'l'aime bien ce coin ci !
- Pardon ? Oh, excusez moi, monsieur.
Elle partit précipitamment, en quête d'un autre banc. Mais le clochard avait tout fichu en l'air, et elle était maintenant très énervée. Elle scruta les alentours. Deux mômes piaillaient en jouant avec un ballon, c'était sans intérêt, et elle détourna vite son regard qui se posa sur deux jeunes filles qui pouffaient en se racontant tout et n'importe quoi. Qu'est-ce que ça pouvait l'agacer ! Amélie jeta un coup d'œil très bref en direction d'une famille qui pique-niquait, et observa plus longuement une femme immense. En temps normal, elle aurait eu un peu de pitié, mais elle avait l'impression que tout le malheur du monde s'écrasait sur ses épaules. Elle ne voyait qu'une femme très laide qui prenait presque toute la largeur du banc. En comparaison, Amélie avait l'air d'une mannequin, alors qu'elle se trouvait extrêmement moche.
Toutes ces voix, tous ces gens, lui donnaient le tournis, elle finit par s'asseoir sur le banc le plus proche de la grosse dame. Et c'est à cet instant qu'elle le vit. Elle n'aurait jamais su qu'il serait comme ça, et son sourire ne s'en fit que plus large. Un homme très classe, vêtu d'une veste et d'un pantalon noir. Il portait un mallette, et semblait tout droit sorti d'un film, du style avocat réputé. Ses cheveux châtains en bataille plaisait beaucoup à Amélie, qui écarquillait les yeux devant l'homme qui s'approchait, tout sourire, et de plus en plus vite. Lorsqu'elle s'aperçut qu'il allait droit vers elle, son cœur manqua un battement, et sa gorge se serra. Elle sentit à peine que ses mains étaient moites et que ses jambes tremblaient. Elle bondit et s'approcha de lui, main tendu, ne sachant plus très bien ce qu'elle faisait. Il n'était plus qu'à quelques enjambées. Leur regard se croisèrent, celui d'Amélie pétillant et heureux, celui de l'homme, surpris et incrédule. Il l'évita de justesse, et marcha plus vite vers la grosse femme.
Décidément, ce n'était pas son jour.

Bon c'était vraiment histoire de dire, parce que tu n'as que très peu de fautes! C'est surtout des problèmes de conjugaison et de concordance des temps. Voili, et j'ai relu avec plaisir cette nouvelle!
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MessageSujet: Re: Elle attendait   Dim 14 Déc - 19:33

Wow je suis quasiment à la limite des fautes autorisés ^^
Merci beaucoup d'avoir corrigé. Je sais que j'ai un problème avec les temps, ce n'est pas que je ne sais pas à quoi ils servent et tout, mais je n'arrive pas à bien m'en servir.
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Marie D

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MessageSujet: Re: Elle attendait   Dim 14 Déc - 20:34

Non! En matière de fautes j'ai vu bien pire, crois-moi!^^
Et pour les verbes, le premier conseil c'est de consulter le besherell dès que tu as le moindre doute. A force ça rentrera! lol
Mais c'est vrai que pour la concordance des temps, c'est pas facile. En se relisant à haute voix parfois on se rend compte lorsque ça ne va pas.
Mais tout le monde fait ce genre d'erreur, rassure-toi.
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Herm's

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MessageSujet: Re: Elle attendait   Mar 23 Déc - 19:56

bon je t'ai déja dis ce que j'en pensais mais quand même... dingue pas eu de bol la fille... et cette fille... elle a le même nom que moi ! alors imagine l'émotion quand je lis sa...
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